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Un dimanche de mars, à la grange norda, exaspérés et ennuyés par nous-mêmes de ne pas savoir ce qu'Elliot Cardin portait dans le Black Canyon Ultra, nous avons pensé que cela dépendrait du tracker sur une carte.

Mais, soudainement, au sommet de la crête, perçant l'écran au détour d'un bosquet de cactus, tel un Atlas émergeant du désert pour soutenir le ciel, voilà qu'Elliot surgit du sable. Sa carrure n'a pas d'égal chez les coureur d'ultra. Il ressemble à un réel titan, un dieu de la course, et chez lui, au Québec, il en est un.

"La première fois que j'ai entendu parler d'Elliot Cardin, c'était par l'intermédiaire d'un ami commun qui m'a demandé si j'avais entendu parler de ce jeune phénomène de la course d'endurance. Ce n'était pas le cas, mais j'ai fait mes recherches et j'ai été immédiatement piqué de curiosité. La communauté québécoise de trail running regorge de coureurs talentueux, mais il y avait quelque chose de différent chez Elliot. Il ne s'agissait pas seulement de ses messages sociaux toujours positifs ou de ses performances exceptionnelles - il y avait tout simplement quelque chose de "différent" chez lui. Nous nous sommes rencontrés, et nous sommes mis à travailler ensemble à l'atteinte de ses objectifs. Cette "différence" chez lui s'est avérée être le caractère d'un jeune athlète extrêmement humble, positif et gentil. Elliot, c'est un gars qui a tellement de potentiel dans la poursuite de ses objectifs de course à pied, mais surtout, qui est une lumière extraordinairement brillante pour le monde qui l'entoure et un futur leader dans notre communauté de course en sentier. Un homme qui court parce qu'il aime ça, et qui ne peut que vous transmettre sa passion contagieuse pour la nature et la course."

-Ray Zahab, conseiller de norda, aventurier, ultra-runner et coach

norda: Comment as-tu commencé à courir ?

Elliot: J’ai commencé la course à pied en 2015 lorsque j’étais au cégep. J’ai toujours aimé les défis et m’entraîner, mais je n’ai jamais pratiqué un sport sérieusement à part le skateboard et le snowboard. Mes beaux frères sont des coureurs et ils ont tous deux fait des marathons. À les entendre parler de leur course, j’ai eu aussi l’envie d’essayer. J’ai commencé par le demi-marathon pour finalement me lancer dans la même année sur le marathon. C’est dur à expliquer, mais ça vraiment cliqué pour moi la course ! Je préfère de loin les milieux naturels que les milieux urbains et c’est ce qui m’a vite fait basculé dans le monde du trail lorsque je l’ai découvert en 2016.

norda :Quels autres sports pratiquez-vous ?

Elliot : Depuis la découverte de la course, j’ai délaissé pas mal le skate et le snow car le risque de me blesser est trop grand et le temps vient à manquer avec le travail et le volume d’entraînement. Avant l’année dernière je me consacrais purement qu’a la course, mais depuis 2021, j’essaye d’intégrer d’autres sports à mes entraînements pour diversifier et limiter le risque de blessure. Je fais maintenant beaucoup de skimo en hiver ce qui me permet de diminuer mon volume de course à pied tout en gardant un excellent niveau de forme. Je regarde tranquillement aussi pour m‘acheter un gravel bike pour continuer le cross training en été.

norda: À quoi ressemble une journée pour toi ? Où cours-tu ? Qu'est-ce que vous mangez?

Elliot: J’essaye de toujours commencer mes journées en joggant avec mon chien Pixel. C’est une husky et elle adore courir et j’aime bien qu’elle brule son énergie avant que j’aille travailler. Pour mon entraînement, je vais en montagne, soit à Bromont ou Sutton, deux belles montagnes qui sont toutes les deux à 30 minutes de Cowansville où je reste. La plupart du temps le choix s’arrête sur Bromont. Les sentiers sont plus diversifiés, chemin de terre, trail roulante, dénivelé, piste de ski, trail technique bref un beau mix et le tout au même endroit. Sutton j’adore, c’est plus sauvage, très technique et il y du meilleur dénivelé, mais les sentiers sont moins diversifiés donc moins pratiques pour les entraînements du quotidien. Après l’ entraînement, la nutrition occupe une place très importante. J’étudie en naturopathie et j’aime appliquer ce que j’apprends pour optimiser mes performances physiques. J’utilise beaucoup les extraits de plantes et les suppléments. J’aime cuisiner et je m’assure de manger que des aliments entiers et le moins possible d’aliments transformés. J’ai été végétalien durant 10 ans de temps et depuis cette année je me suis accordé plus de flexibilité en mangeant végétarien, mais le but est de ne plus avoir d’étiquette et manger sans restriction en gardant tout de même une conscience au niveau éthique, environnementale, et de la santé.

norda: Parlez-nous de Black Canyon. 

Elliot: Black Canyon est une course que j’affectionne pour plusieurs raisons ! Elles figurent parmi les premiers ultras de l’année en plein mois de février quand habituellement tous les coureurs québécois sont en off season. Ça rajoute une motivation supplémentaire à bien s’entraîner l’hiver se booker une race à ce moment de l’année même si ça apporte un lot de défi côté acclimatation. S’entraîner sur la neige pour un ultra dans le désert est loin d’être spécifique, mais j’adore le défi ! Le profile de la course concorde aussi beaucoup avec mes aptitudes de coureurs. Un net downhill et la descente sont définitivement ma spécialité. Malgré le parcours qui semble super roulant, il y a quand même certaines portions techniques avec beaucoup petits cailloux instables sur la deuxième partie ce qui me permet de me démarquer sur les coureurs plus rapides sur le plat. Autre point super intéressant, c’est une course à golden ticket ce qui signifie que les 2 premiers de chaque catégorie obtiennent un entré direct sur la prestigieuse Western State ! Chaque année ça l’attire plusieurs professionnels sur cette course et c’est clairement un attrait que j’aime.

Quand je vais racer ailleurs, je veux rivaliser contre les meilleurs de ma discipline pour voir au je me situe ! En 2020, j’ai réussi à monter sur la 3e place du podium. Ça m’a permis d’obtenir le Golden ticket puisque le gagnant Hayden Hawks avait déjà sont entré sur la WS via l’ultra trail world tour. Avec la pandémie j’ai dû remettre ma participation à la WS pour 2021 qui fut une année difficile pour moi. Je me suis surentraîné et depuis je surmonte tranquillement les répercussions, mais disons que me préparation pour mon premier 100miles a été difficile et je suis arrivé sur la ligne de départ plus ou moins près et j’ai du malheureusement abandonné le rêve de performer et compléter mon premier 160k rendu à 125k. Bref, pour cette édition 2022 je voulais vraiment répéter l’exploit et me redonner une deuxième chance d’aller finir ce que j’ai commencé sur la WS. Le plateau d’élite cette année était exceptionnel voir historique. Beaucoup de professionnels et d’élite sur la liste de départ. Sur ultra signup on pouvait compter plus de 50 coureurs avec une cote de 90% et plus ! Une grosse bataille pour les Goldens tickets.

Je me suis gros entrainé pour cette course et les trainings allait bien juste avant que je me blesse début janvier a la suite d’un entraînement en vitesse sur des conditions enneigées et glissantes… une tension dans l’ischio et le mollet qui c’est transformé en tendinite malgré une semaine d’arrêt complet. Ça m’a pris tout le mois m’en remettre avec un volume d’entraînement minimal. Une fin de préparation très stressante et beaucoup d’investissement dans une course qui devaient de plus en plus incertaine. C’est seulement deux jours avant la course que la douleur est disparue complètement. Malgré tout je suis resté motivé et confiant ! Pas d’excuse j’allais tout donner blessure pas blessure et c’est ce que j’ai réussi à faire. La blessure je l’ai senti tout le long finalement, mais elle m’a fait plus de peur que de mal et la douleur est rester constante du début a la fin sans évoluer davantage. Jusqu’au 40e kilo j’étais dans mes temps et je me sentais en pleine forme, mais la chaleur m’a vite frappé et le reste de la course est devenu que de la survie. J’ai eu peine à m’alimenter et m’hydrater sur les 30 derniers kilos. Ce fut une édition chaude, pas mal plus que 2020 avec un temps particulièrement sec et chaud. J’ai fini tout juste dans les 9h en 14e position. Définitivement pas le temps que je rêvais, mais c’est ça l’ultra, c’est plus que juste de la course il faut s’avoir maîtrisé les éléments, son alimentation et son mental et c’est quelques choses que j’apprends sans cesse ! Over all je suis très satisfait d’avoir été au bout dans des conditions ou j’avais pris l’habitude d’abandonner au lieu de m’acharner et ça j’en suis fier et bien content d’avoir brisé cette mauvaise habitude.

norda: Quelle est la prochaine course ? Quels objectifs ?

Elliot : Le prochain vrai objectif sera le 50k du QMT qui fait partie de la golden trail series de Salomon. Ça sera une distance parfaite pour focuser à nouveau sur la vitesse ce printemps et encore une fois rivaliser contre les meilleurs, car habituellement cette course attire d’excellents coureurs !

norda :Qu’est-ce qui te fait courir ?

Elliot: Pour moi la course est devenue un besoin vital ! C’est un moment sacré, une méditation ou je fais le vide naturellement. C’est aussi un des plus beaux prétextes pour explorer le monde ! Partir explorer nos milieux sauvages en n’ayant littéralement aucune limite !